Délégation Régionale Outremer
>> Guyane
Le littoral guyanais constitue un site d’hivernage et de halte important pour les limicoles nord-américains en migration. Ceux-ci nichent dans les régions arctiques et subarctiques du Canada et de l'Alaska, et descendent sous des latitudes plus douces pour hiverner. Certaines espèces s'arrêtent en Amérique centrale, aux Antilles, ou au Nord de l'Amérique Latine, tandis que d'autres n'y font qu'une étape avant de poursuivre plus au Sud (Brésil, Argentine). Trente espèces de limicoles peuvent être observées sur le littoral guyanais, mais à peine une vingtaine sont des visiteurs réguliers. Ils s’arrêtent principalement le long des baies et des estuaires comportant soit des bancs de vase soit des plages sablonneuses leur permettant de s’alimenter de divers invertébrés afin de reconstituer rapidement leurs réserves.
L'intérêt de la Guyane pour ces oiseaux a été montré en 1982 par les recensements aériens des chercheurs canadiens G. Morrison et R. Ross qui y ont dénombré 16,9% des effectifs totaux de l’Amérique du Sud, ce qui fait de la Guyane la seconde plus importante région pour l’hivernage des limicoles. De 1994 à 1997, des comptages aériens et des opérations de baguage ont été menés sur le littoral guyanais par l’ONCFS. Cette étude a permis de déterminer et de comprendre la distribution des limicoles le long de la côte, ainsi que de préciser certains paramètres migratoires (phénologie, axe de migration, fidélité au site,…). Au niveau de l’estuaire du Kourou, une première campagne de recensement terrestre a été menée de juin 1989 à juin 1997, une seconde a débutée en février 2004 et se poursuit toujours actuellement.
Les comptages actuels permettent d'étudier :
Les premières comparaisons des effectifs actuels avec ceux observés de 89 à 97 montrent un fort déclin des populations de limicoles autour de Kourou. Plusieurs hypothèses fournissent des éléments d’explication de ce déclin. Celui-ci peut être le résultat d’un changement du milieu devenu moins attractif, c’est à dire la disparition du banc de vase sous l’effet de la dynamique hydro-sédimentaire. Mais il peut également être lié à d'autres facteurs plus généraux et non liés à l'évolution du littoral tels que la destruction des zones humides, les pollutions diverses et la chasse intensive. Presque l’ensemble des populations de limicoles nord-américains sont menacées. Des diminutions importantes ont été pareillement constatées dans d'autres régions du continent. Il semble évident que la chute des effectifs de limicole est la conséquence de menaces multiples agissant en synergie sur l’ensemble des aires de répartition.
Plusieurs organismes du continent Américain, dont l’ONCFS, travaillent actuellement sur les origines de ce déclin afin de proposer des mesures de conservation adaptées.
L’exploitation du patrimoine naturel par la chasse fait partie de l’histoire comme du quotidien des populations guyanaises, mais les changements de modes de vie, des types de chasse ainsi que la pression démographique grandissante risquent actuellement de modifier l’impact de ces pratiques sur les populations animales les plus chassées.
Le programme d'étude global vise à établir des bases scientifiques, écologiques comme sociologiques, nécessaires à la mise en place d’une gestion durable du patrimoine faunique de la Guyane adaptée aux contextes locaux écologique et humain.
Plusieurs volets en parallèle :
- Analyse de la chasse
Une analyse quantitative et qualitative de la chasse dans divers sites ateliers est réalisée. Une enquête quotidienne avec les chasseurs dans différents villages soumis à différentes situations écologiques et sociologiques est menée, permettant de connaître les types de prélèvements effectués (quantification et analyse de la composition spécifique et intraspécifique des tableaux de chasse) ainsi que les modalités de chasse et les territoires exploités selon les zones géographiques et les communautés concernées.
Une première partie du programme a été menée dans cinq villages de la zone littorale la plus habitée (programme Silvolab : « La chasse en Guyane : vers une gestion durable » ; collaborations GIS Silvolab, DIREN, Mission pour la création du Parc de la Guyane, CNRS, ONF , CIRAD, IRD, ENGREF). Le même protocole a été ensuite mis en oeuvre dans cinq autres sites localisés dans la zone du projet de Parc, dans le sud de la Guyane et concernant des populations autochtones et isolées, en conditions de chasse de subsistance (Programme « Mise en place d'un observatoire de l'utilisation des ressources naturelles dans le sud »; collaboration DIREN-Mission parc). Actuellement, l'échantillonnage s'étend vers des régions et des types de chasseurs non étudiés : Région de l'Ouest Guyanais et populations Noires marron, et chasseurs "citadins" de Cayenne-Kourou.
Des indices de pression de chasse sont recherchés afin de mettre au point des outils de diagnostic et de suivi de l’état des populations :
La problématique de prélèvement durable est abordée dans le cadre des études menées dans divers pays amazoniens voisins, dont la situation écologique et sociologique est proche du contexte Guyanais.
- Etudes des populations animales
Ces enquêtes sont mises à profit pour collecter de nombreux échantillons biologiques (biopsies pour études génétiques des populations, crânes et mâchoires pour analyse des structures de population), et des données sur les paramètres reproducteurs des espèces chassées.
Parallèlement aux études sur la chasse, un programme de caractérisation des abondances animales (méthode du line transect) dans différents milieux naturels guyanais est mené. Des missions héliportées dans des sites très isolés permettent d’établir des bases comparatives des abondances et densités des principales espèces chassées hors de toute pression de chasse, afin d’intégrer en premier lieu l’influence écologique sur les peuplements animaux. Les zones chassées cartographiées grâce à l’enquête précédemment citée sont également prospectées, permettant par comparaison de mieux quantifier l’impact de la chasse sur ces zones.
Sites d'étude chassés : Camopi; Trois sauts, Elaé, Saül / non chassés : Limonade, Piton Baron, Matécho, Nouragues, Armontabo, Toponowini..
- Etudes en cours
- Etudes à venir
- Articles parus